“Mon église, c’est ici.”

30 mars 2019 2 Par Corine

Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant :
“Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !”
Je vous le déclare : “quand ce dernier redescendit dans sa maison,
c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre.
Qui s’élève sera abaissé ;
qui s’abaisse sera élevé.”
Luc 18, 13-14

 

C’est peut-être parce que Lourdes est proche mais un souvenir me revient en mémoire à la lecture de l’évangile de ce matin.
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Une nuit à veiller les malades, je me suis retrouvée avec Danielle, hospitalière depuis 29 ans. C’était ma troisième année et je me sentais juste toute petite face à cette femme qui depuis 29 ans prenait sa cinquième semaine de congés payés non  pas pour partir en vacances au soleil mais pour venir en pèlerinage auprès des malades à Lourdes.
La première partie de la nuit avait été assez difficile. Mais vers 2 heures du matin, tout s’était calmé et nous avions pu nous poser un peu devant un bon café.

C’est à cause de ma petite croix accrochée à mon cou qu’elle m’a regardée en me disant:
– Tu es pratiquante toi ?
J’ai ressenti quelque chose que j’avais déjà ressenti en entrant dans l’Hospitalité sans jamais l’exprimer. La diversité des hospitaliers allant de celui  qui s’investit dans l’EAP de sa paroisse jusqu’au cou à celle qui ne va presque jamais à la messe. Une seule chose semblait les rassembler et créer une vraie communion: cette semaine auprès des malades et les liens que cela tissait entre eux.
J’ai répondu un oui qui lui demandait et toi.
– Non. Non, mon église c’est ici. Ce n’est pas très bien je sais…

Nous n’avons pas pu parler davantage. Une malade insomniaque nous appelait à nouveau. Je n’ai pas pu répondre à Danielle. La fin de la nuit a été très difficile avec une hospitalisation d’urgence.
Nous nous sommes quittées au matin épuisées et muettes quand l’équipe de jour a pris sa relève.
Le lendemain, c’était le jour du départ.

Je n’ai pas revu Danielle l’année suivante. Une opération de la hanche l’avait empêchée de participer au pèlerinage. Ce n’est que deux ans après que nous nous sommes retrouvées à la grotte au tôt du premier matin. Nous n’étions pas  dans la même équipe et nous ne nous étions pas croisées pendant le voyage ni à l’arrivée.
C’est elle qui est venue vers moi me disant sa joie de me revoir et ce petit mot.
– J’ai beaucoup pensé à toi l’an dernier. Je suis heureuse de te revoir.

Cette année-là, on avait presque rendez-vous à chaque tôt de chaque matin à la grotte.
Elle priait là, devant Marie. Sans bruit, sans personne d’autre qu’elle et sa prière. Son église était là. Massabielle.
Son église était là. Dans chaque chambre des malades qu’elle aidait depuis 30 ans.
J’ai eu envie de lui dire que Dieu Lui devait trouver ça très bien. Je n’ai pas osé. Et  puis, Dieu sait bien dire ce qu’Il a à nous dire.

Je pense souvent à Danielle quand je pars à la messe chaque dimanche. Je crois que je l’emmène un peu dans ma prière. Je sais que dans ses gestes auprès des malades dans son métier d’aide-soignante, je suis un peu avec elle, aussi.

 

Dans une semaine, je vais retrouver Danielle et tant d’autres que le service auprès des malades unit. Et je me prends à penser que Dieu aime ces mille visages différents qui l’aiment Lui, chacun à leur façon.
Et ça me rend heureuse, simplement heureuse de vivre dans cette Église aujourd’hui malmenée mais que je sais riche, riche de nous encore.

Jour 22. Chaque jour, je me dis mais que pourras-tu encore écrire demain, le pourras-tu même ? Et chaque jour, un nouveau visage, un nouveau clin Dieu. Que ce Carême puisse encore nous faire regarder mieux, autour de nous. 🙂

 

 

 

 

 

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