Sur le bord (2)

Il est des dimanches où je m’assois sur le bord du temps. Ce temps qui passe sans qu’on s’en rende vraiment compte et qu’on sait regarder avec tendresse.

C’est vrai que ça commence souvent par un matin d’église. Ce dimanche avec les tout-petits et l’éveil à la Foi qui croisent les plus grands entre les bancs, en chemin vers la confirmation.
Il me tape l’épaule. Tu me reconnais. Bien sûr.
Un petit, je l’ai connu petit, devenu jeune homme, grand, très grand.
Ma confirmation, c’était il y a deux ans, j’accompagne des jeunes maintenant.
Un sourire et ma tendresse pour le rebord de ce temps-là qui l’a vu grandir.

C’est vrai que ça continue souvent avec un déjeuner tranquille et le joli d’une nappe. Et ce dimanche, un vote – oh oui, un vote. On sait qu’il y a le monde. On le sait trop bien.
Et puis, un tour à l’abbaye. Un dimanche à témoigner de ma Foi devant des catéchumènes qui s’avancent sur le chemin, doucement. Leurs mots, leurs sourires. Des paroles à recevoir, chacun là où il est.
Un petit tour à la librairie. Encore un peu de temps, là. Petite Marie attrape le chocolat, elle en a besoin; j’attrape un livre qui me paraît doux à lire, j’en ai besoin.
Un sourire et ma tendresse pour ce rebord du temps qui me rappelle nos virées de “nos mercredis de filles” à Bellefontaine.

C’est vrai que ça traîne un peu ces dimanches qui s’assoient au bord du temps. Et ce dimanche avec mon temps de maman.
Ma grande fille débarque. Jolie surprise. Ses rires envahissent le salon et font écho à ceux de sa petite sœur. C’est le jour où l’on se souvient des nuits à veiller les fièvres, des matins chagrins à consoler, de mon ventre qui se déchire au moment de leurs examens et concours, de mon cœur qui bat trop vite à l’annonce d’une de leur joie. Et puis, le temps se suspend encore. Il est 21 heures et quelques minutes quand un mail apprend à mon mari la mort d’un de ses  élèves.

On a peur nous aussi que ça s’arrête tout ce bonheur-là, comme ça.
On sait ça aussi.

On a peur, parfois.
Alors on s’assoit au bord du temps, ce temps qui passe sans qu’on s’en rende vraiment compte et qu’on essaie de regarder encore, avec tendresse.

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