De nos mains (1)

26 février 2020 14 Par Corine

Peut-être parce que du jeûne qui retient mes mains de trop faire, de la prière qui les fait se rejoindre en croisant mes doigts, de l’aumône qui essaie de les ouvrir aux autres, mes mains, les mains, nos mains sont elles aussi à raconter.
De l’imposition des Cendres, croix marquée sur nos fronts par la main du prêtre, jusqu’à Ses mains clouées en croix au soir de Sa Pâque, le Carême me parle d’elles tout le temps.

Alors, je vais venir vous raconter des mains, oh… pas seulement les miennes, surtout celles autour.

 

On nous parle toujours à chaque nouveau Carême – et fort justement – d’un temps à suivre Ses pas, d’un chemin fait d’essentiel, d’une route où Dieu randonne à nos côtés. Et même d’une “conversion.” Je ne suis pas certaine d’aimer ce mot “conversion” qui étymologiquement m’inviterait à une drôle de pirouette sur moi-même laissant ce que je suis pour devenir une autre.
J’exagère un peu.
J’exagère à peine.
Ce n’est tout simplement pas possible.

Certes, je peux me tourner davantage vers Dieu, ou mieux, pour Dieu vers les autres, mais humblement, en y regardant à deux fois et sans aucune fausse modestie, mon demi-siècle de Carême ne m’a pas “changée”. Oh! sans doute aimerais-je assez sentir chaque année que ce Carême a été “efficace”. Nous sommes bien dans cette ère du rentable non ? et j’avoue que moi aussi je m’y laisse souvent happer. Je ne parle même pas de mes pauvres petites forces humaines décuplées au rythme d’efforts dérisoires mais bien de la place que je lui fais pour me laisser faire. Oui c’est bien là. Mais point de conversion.
Carême désespérant ? Pas vraiment.
Mal compris ? Souvent.
Inutile ? Certainement pas.
Alors donc, faut-il pour autant faire une croix dessus le jeter aux oubliettes ? Non, bien sûr que non.
Mais peut-être y entendre un autre mot que celui de conversion. Un mot plus petit. Un mot qui laisse à Dieu le soin de s’approcher et à nous celui d’être un peu plus proche.

 

Un réveil ?

 

Comme au matin
Il y a ce réveil dans mes mains

Lorsqu’elles tâtonnent encore dans la pénombre de la chambre
Lorsqu’elles se laissent glisser sur la rampe d’escalier chemin familier qui guide mes pas silencieux
Lorsqu’elles cherchent un peu de chaleur en se serrant l’une contre l’autre et, malicieuses,  frottent les joues de mon visage fatigué
Lorsqu’elles touchent le monde encore endormi et osent croiser d’autres mains, les rencontrer, les encourager, les recevoir.
Les aimer

Au premier jour de ce Carême
Il y a ce réveil dans mes mains

Lorsqu’elles tournent les pages d’une Bible et laissent, confiantes, les doigts filer sur les lignes
Lorsqu’elles suivent Ta Parole à la fois familière et nouvelle, accompagnent, soutiennent, écrivent ma prière silencieuse
Lorsqu’elles cherchent un peu de lumière et retiennent dans mes paumes ce qui fera peut-être grandir mon jour qui sait
Lorsqu’elles touchent mon cœur endormi et espèrent qu’il croise d’autres mains, qu’il leur laisse de la place, et qu’il ose encore les aimer

 

Un réveil.

 

Je préfère ce mot-là.

Il y a ce réveil possible dans nos mains qui cherchent, qui prient, qui font, qui Te reçoivent et surtout qui  essaient au matin de ce nouveau Carême de frotter nos paupières pour y voir un peu plus clair!

 

Bon mercredi des Cendres, belle entrée en Carême chers amis, amies, à nous réveiller, à “déchirer nos cœurs” comme nous y invite le prophète Joël et à laisser nos mains s’ouvrir !

 

 

 

 

 

 

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