Entre les minutes qui passent

On dirait que l’espace trace un sillon entre les minutes qui passent.

Le temps semble se ralentir, se perdre même dans des détours inattendus, s’oublier presque. L’été culmine en ce début d’août et le soleil ralentit mes pas dans ses creux d’après-midi. Il me réveille pourtant aux aurores murmurant que la vie est à vivre.
La maison s’est vidée doucement des rires, des premiers mots, des doux babillements de mes petites-filles. Je les entends, je les attends, elles reviendront vite. Le temps est à nouveau là, entier, pour moi. Étrange sentiment de le voir s’attabler un instant, prendre l’audace d’un café, tourner les pages d’un bon livre.
On dirait, c’est vrai, que le temps s’arrête un peu. Douce illusion qui invite à écrire ces quelques mots. Dans finalement peu de jours, il reprendra son rythme de croisière et il faudra faire effort pour l’arrêter à temps, avant qu’il ne s’emballe dans les heures d’une nouvelle rentrée.
Pourtant, elle sera différente.
La même, mais à moitié.
Un mi-temps, une moitié d’un temps pour terminer doucement les dernières années d’enseignement. C’est étrange ce temps à moitié quand j’y pense. Un peu moins pour être bien. Jusqu’au bout. Un peu moins pour donner un peu plus ailleurs, sans doute. Un peu mieux.
On sait bien que le temps trace les sillons dans les jours qui passent. Je crois que malgré tout je les aime beaucoup autour de mes yeux qui peuvent regarder grandir les enfants de mes enfants.
Le ciel bleu m’appelle encore. Lire sous les grands arbres, laisser le monde à ses tourments sans jamais vraiment les oublier mais lever un peu les yeux, quitter les lignes à écrire, et dire merci.
Merci aux petits espaces entre les minutes qui passent.

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