L’exigence

13 mars 2019 4 Par Corine

“Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie moi de mon offense.”
Psaume 50, 4

C’est étrange de lire ce verset au tôt du matin.
J’ai très peu de temps. Vraiment très peu car ma journée part un peu loin aujourd’hui.
Il faudrait sans doute l’écrire mieux ou davantage mais je n’ai le temps que de l’écrire ainsi.

C’est étrange de lire ce verset au tôt de ce matin.
Il y a deux jours, j’ai lu un joli texte dans le journal La Croix, le témoignage d’une femme, très touchant, qui disait merci aux prêtres bienveillants croisés au long de sa vie, dans les joies et dans les épreuves aussi.
Lire ce texte au moment où l’Église catholique se retrouve face à de très graves scandales, cela pourrait paraître décalé. Pourtant, c’est un texte vrai qui m’a fait du bien parce que dans nos paroisses, dans nos maisons, dans nos vies de croyants, nous côtoyons des prêtres qui n’ont rien de scandaleux. Comme le dit l’article, cela n’enlève pas la gravité des fautes et des abus de quelques-uns. Mais cela remet à sa juste place tous ceux qui nous entourent depuis toujours, portés par l’Amour de Dieu, par une Bonne Nouvelle à annoncer, par la charité à déployer au quotidien.

Je crois que j’aurais aimé ajouter à la liste de cette femme bon nombre de  prêtres rencontrés depuis l’enfance jusqu’à aujourd’hui.
J’aurais surtout aimé ajouté les mots du père Denis, décédé il y a quelques années déjà, qui, lorsque j’étais petite fille, venait nous parler de Dieu à l’école après avoir couru des villages pour aider les uns et les autres. Il n’avait pas pignon sur rue ce curé de campagne mais il était de toutes les vies qui avaient besoin d’aide, de réconfort, de prières.

Je me souviens très bien lorsque le père Denis nous expliquait la messe, enfin, surtout ce que lui, il y faisait. Nous étions très jeunes et cela paraissait souvent mystérieux. Mais si le père Denis ne refusait pas les Mystères, il ne voulait surtout pas en faire ni sur son état, ni sur ce qu’il faisait et il nous expliquait tout, absolument tout, avec des mots simples.
Je crois qu’il refusait surtout de passer pour un “héros de l’autel” et comme il aimait à le rappeler: “je ne suis qu’un petit serviteur”.
Mais il ne manquait pas de nous redire que nul homme n’est parfait et que c’était la raison de sa petite prière, dite tout bas, juste avant de consacrer le pain et le vin.

“Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie moi de mon offense.”
Psaume 50, 4

Puis, il ajoutait encore autre chose (que Grand-mère reprenait souvent à son compte d’ailleurs ) et dont je me souviens plus vivement aujourd’hui.
“Que Dieu nous pardonne, oui…mais chenapans que nous sommes (il disait chenapans pour pécheurs et on comprenait très bien que c’était une affaire sérieuse), ce n’est surtout pas la bonne excuse pour faire n’importe quoi. Il ne s’agit pas d’aller faire nos bêtises tranquilles sous prétexte que le bon Dieu nous pardonnera, vous m’entendez ?”

Ça ne rendait pas les choses plus faciles, non. Et les bêtises, on continuait à en faire mais.
Mais savoir le Pardon possible de Dieu, peut-être bien que c’est ce qui pouvait nous rendre jour après jour un peu plus exigeant, le mot est difficile à trouver, mais oui, exigeant, un peu meilleur peut-être. Peut-être. C’est un peu difficile à expliquer oui, mais c’est exactement comme lorsque l’on tient beaucoup à quelqu’un et qu’on le sait là à nous regarder: on essaie de ne pas lui faire de peine. On n’y parvient pas toujours et on sait bien nous détourner de son regard mais sans doute qu’on essaie un peu, peut-être un peu plus.
Et on tenait à Dieu.
Pour le père Denis, c’était certain.
Un grand livre est resté ouvert des mois après sa mort au presbytère pour venir y écrire tous les mercis. Jamais, je n’en ai lu autant.

Et je mesure à chaque Pardon reçu mes tout petits pas mais aussi cette exigence. Oh… ne vous y trompez pas, elle n’est pas moralisatrice, non. Elle n’est pas miraculeuse non plus. Mais elle nous invite à nous regarder sans fards: cette exigence pour aimer, pour vouloir aimer en vérité, simplement. Selon sa volonté.

Dans ce Carême, continuons à avancer, à petits pas pour essayer d’aimer, en vérité. Elle a aussi besoin de tous nos petits pas notre Église.

 

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