Multiplication

– Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi,
combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ?
Jésus lui répondit :
– Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois.
Mat 21, 21-22

 

Je crois bien que c’est l’opération préférée de Dieu la multiplication.

J’attendais mon deuxième bébé, il grandissait doucement en moi et peu à peu mon inquiétude aussi. – Comment vais-je faire pour l’aimer autant que mon premier enfant ? C’est drôle les questions qui viennent parfois. Petit Pierre posé sur mon ventre, j’ai senti mon amour non pas se diviser en deux, mais grandir d’un seul coup.
Amour multiplié.

Il y a bientôt 25 ans de mariage et 28 ans de “vie commune”. – Comment vais-je faire pour l’aimer toute ma vie ? C’est vrai les questions qui viennent souvent. Et notre route faite de tant de petits pardons donnés et reçus, multipliés pour s’aimer comme nous sommes, s’aimer davantage encore et s’aimer vraiment.
Amour multiplié.

Il y a les autres, les élèves, les collègues, les bénévoles avec qui je m’active, les copains de la paroisse, les amis et ceux que je croise au bord de mon chemin. Comment vais-je faire pour les aimer justement ? C’est tout le temps ces questions dans les heures de ma vie. Et tous nos petits gestes, nos sourires, et nos pardons aussi pour avancer et grandir ensemble sur un bout de nos chemins.
Amour multiplié.

Je crois bien que c’est l’opération préférée de Dieu la multiplication. Il ne divise ni ne soustrait ni n’additionne simplement. Non. Son amour ne compte pas en vérité et il nous montre le chemin d’un cœur qui grossit, déborde, se remplit. Un cœur qui aime.

Carême, jour 18: je vous souhaite des heures à multiplier vos pardons, vos mercis, vos je t’aime. 🙂

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Impossible

“Car rien n’est impossible à Dieu”
Luc 1, 37

 

Il y a méprise souvent pour ceux qui ne croient pas en Dieu.
Ton Dieu qui sait tout, qui fait tout, qui est tout, de l’impossible d’une conception virginale à cette impossible résurrection de la chair, comment peux-tu croire à des histoires pareilles ?

Je souris.
Pas de mépris oh non, non. Jamais. Je crois même que je peux les comprendre. Mais je souris parce que je ne peux rien expliquer. Rien. Impossible pour moi.

Pourtant l’impossible, ce n’est pas Dieu fait chair des entrailles d’une vierge.
L’impossible, ce n’est pas l’Ange qui répond:
« L’Esprit Saint viendra sur toi,
et la puissance du Très-Haut
te prendra sous son ombre ;
c’est pourquoi celui qui va naître sera saint,
il sera appelé Fils de Dieu.
    Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente,
a conçu, elle aussi, un fils
et en est à son sixième mois,
alors qu’on l’appelait la femme stérile.”
L’impossible, ce n’est pas Jésus qui guérit.
L’impossible, ce n’est pas la résurrection du Christ.
L’impossible, ce ne sont  pas les derniers mots de mon Credo.

 

Il y a méprise oui. L’impossible, ce n’est pas tout ce que la plupart juge impossible.

L’impossible pour moi, c’est comprendre comment Dieu aime d’une façon…impossible !

“En grandeur, en largeur, en profondeur, en résistance, au-delà de nos dégoûts, Il aime tous les hommes, tous, chacun, sans exception, même celui qui nous semble le plus abject.”
Le père Vianney, à l’abbaye ce week-end, nous l’a redit encore. De ses mots simples, il m’a redit cet impossible à saisir.
Un amour aux dimensions impossibles !

Aimer comme Il nous aime, voilà bien ce qui devrait interroger mes contemporains bien plus que tout le reste.

Oui, je crois que mon impossible à comprendre est là:
Rien n’est impossible à Dieu quand il s’agit du verbe aimer.

 

Aujourd’hui, notre temps de Carême fête l’Annonciation du Seigneur. L’occasion de nous redire combien cet amour impossible peut faire déborder nos capacités à aimer et nous faire dire ‘oui nous aussi, nous pouvons aimer’ si on ose, un peu, se laisser remplir de son feu…nous aussi.  🙂

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Jour 15

“Souvenez-vous des merveilles
que le Seigneur a faites.”
Psaume 104

Jour 15. Ce Carême avance, doucement. Il prend un peu son temps aujourd’hui, le café embaume la maison, la Bible cherche la traduction d’un mot hébreu, le soleil frappe au carreau. On dirait un petit atelier sur cette table de cuisine encore encombrée d’un soir plus qu’une petite prière du matin. Je souris. Les merveilles du Seigneur ressemblent à un vendredi qui se lève sur Sa Parole, réconfortante.

Jour 15. Ce Carême avance, doucement. Il sait les heures qui bientôt vont se remplir de collégiens. Fin d’une semaine un peu particulière où les grands partis en voyage scolaire, nous avons monté des projets avec les plus jeunes. Autres horaires, autres regards. Je souris. Les merveilles du Seigneur ressemblent à cette petite qui ne dit pas un mot d’habitude et qui se révèle sur une scène de théâtre.

Jour 15. Ce Carême avance, doucement. Il sait les difficultés de mon Église. Fin d’une nouvelle semaine encombrée de mots, de décisions, de commentaires. Mais il sait  lire l’humour d’une religieuse ici, les paroles de confiance d’un prêtre là. Il sait surtout que l’Essentiel est dans nos vies, sur nos routes, pas dans les effets d’annonce ni les grands discours. Je souris. Les merveilles du Seigneur ressemblent au p’tit mot de Sœur Marie “Bon Car’aime Corine”.

Jour 15. Ce Carême avance, doucement. Il prépare son sac à dos, un cahier, un bouquin, ma Bible. Après la classe, direction l’abbaye. Un début de week-end comme une jolie pause. J’ai dis oui à une proposition de ma paroisse: 24 heures ensemble à prier et parler de “Joie et d’allégresse”, ça tombe plutôt pas mal. Je souris. Les merveilles du Seigneur ressemblent à cette Église que j’aime: petite communauté qui se retrouve encore, retrouvailles et partages avec l’ami prêtre autour d’un dîner de samedi.

Jour 15. Ce Carême avance doucement. Il sourit parce qu’il ne reviendra pas avant lundi. Les merveilles du Seigneur ressemblent parfois au silence d’une page blanche.  😉

Que ce Carême soit aussi l’occasion de petites pauses, autrement.
Pour d’autres regards, pour d’autres rencontres. Pour se “changer” un peu, aussi.  🙂

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Sans croire

Abraham répondit :
“S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes,
quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts :
ils ne seront pas convaincus.”
Luc 16, 31

Je me suis dit en partant ce matin que c’est sur cette Parole que j’écrirai aujourd’hui parce que je l’aime vraiment cette Parole d’Abraham, elle dit tellement ma Foi dans l’aujourd’hui et l’incompréhension qu’elle suscite.

Croire à la résurrection d’entre les morts. Sur Paroles.

Et puis, je me suis un peu laissée aller sur l’actualité. Heureusement, le collège m’a happée pour  une belle journée de répétitions de théâtre me faisant oublier l’actu. C’était bien. En rentrant, j’ai retrouvé des mots vains pour convaincre qu’avoir la Foi ça n’était pas un truc de cerveau vide.
J’ai tout éteint.
Je crois que j’étais un peu agacée.

 

Il y a eu l’appel de Marie-Thé et un truc à faire pour Lourdes, un nouveau livre reçu, cadeau de mes enfants, le sourire est revenu. L’essentiel est là. Il y a toujours quelque chose de joli pour me le rappeler.

Le temps du bureau, les cours, les préparatifs pour un demain qui file dès la sortie du collège vers un 24h à  l’abbaye, la joie encore.
Et puis, la lecture de mes mails.

Et j’ai ouvert celui d’Hélène.
Je me suis dit que là, il y aurait mieux à faire, que le reste n’était que du bavardage. Plus d’importance.
L’amie aime m’écrire, beaucoup, depuis que son compagnon est très malade.
Cancer en phase terminale.
Soins palliatifs.

C’est plus que rude. Ça n’a même pas de nom tellement c’est rude.
Ça ne peut pas s’écrire, ça ne fait qu’étrangler la gorge.

Alors elle vient m’écrire des pages Hélène pour laisser aller ses tristesses et ses joies, sa peine, ses souvenirs, ses pourquoi.
Elle ne peut plus parler. Elle écrit.
Je connais bien ça, elle le sait, alors elle m’écrit. Elle m’écrit encore.

Je lui réponds des paroles d’amie, des mots doux, des phrases de Jésus.
Elle me dit à chaque fois qu’elle aime bien me lire, tout lire.
Alors je continue.

Je lui raconte mon Espérance,  la mienne, celle des Chrétiens, mon Credo de catholique.

Hélène ne croit pas en Dieu.
Elle n’y croit pas davantage depuis qu’elle sait que son amour va la quitter. Elle n’y a jamais cru. Elle me dit que la mort c’est pour toujours.

Hélène ne croit pas en Dieu et je n’y change rien même si on est amies depuis très longtemps. Mais elle aime mes paroles d’amie, mes mots doux, mes phrases de Jésus.

Voilà. Et Abraham, c’est vrai ce que tu dis. C’est ainsi.
Mais Tu vois Seigneur, Hélène elle termine toujours ses mails par cette phrase:

” Continue Corine à me raconter, continue, ils me font du bien tes mots.”

Ce n’est pas important pour moi qu’elle ne croit pas, je ne cherche pas à la convaincre, de quel droit, pourquoi, comment. Je ne sais pas faire ça. Je sais juste les paroles d’amie, les mots doux, les phrases de Jésus.

Alors je continue.
Je suis là.
Comme ça.
Et Hélène m’écrit que ça lui fait du bien.
Sans croire.

Et nos petits chemins de Carême pour être là, c’est tout.

 

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Un ami

………..

 

 

Il y a rarement mais parfois des mercredis tout entier de repos. Le moment où tu te dis enfin du temps pour lire, bricoler, cuisiner et…aller chez ta coiffeuse préférée. Alors tu ouvres tes Lectures au matin, plutôt joyeuse, tu grappilles Sa parole et tu te demandes quels fruits elle donnera dans cette journée que tu veux jolie.
Tu lis un peu les réseaux. Tu fermes tout. Pour le joli, en ce moment, c’est pas toujours le meilleur endroit. 😉
Alors tu pries, encore un peu, pour un peu plus de paix, entre deux gorgées d’un bon café et hop c’est parti.
Finalement, La Parole de Dieu, tu la glisses dans un coin de ton cœur et peut-être bien que tu vas l’oublier au gré des heures.

Mais ce serait sans compter sur ses clins Dieu.  😉

Il y a des situations à bien les regarder, je les trouve drôles et drôlement chouettes aussi. Comme celle-ci. La tête en vrac, un peu shampouinée (décidément Seigneur Tu aimes bien venir faire un tour dans mon salon de coiffure 😉 ) et  à côté de moi, une petite dame que j’ai déjà vue quelque part mais je ne sais plus où quand elle me demande de lui passer s’il vous plaît le “Paris Match” avec Coluche en couverture en même temps qu’un “C’est vous qui lisez parfois à la messe, non ?”
Si.
Voilà.
J’étais dans mes potins sur Meghan et Harry et me voilà revenue à mon église.
Et un petit bout de conversation. Suffit de peu pour se parler.
La petite dame, elle ne parle pas trop de l’église d’ailleurs, mais plutôt de Coluche oh j’aimais bien ses sketches enfin pas tous et les Restos du Cœur c’est vraiment bien les gens qui se démènent pour les autres, il y a vraiment besoin de partages. Elle connaît aussi quelqu’un du Secours Catholique d’ici.
On y revient, doucement.
J’aime bien ce qu’elle dit, simplement. Et ses petites fossettes quand elle le dit.

Et puis, peut-être bien qu’elle ose.
– En fait… la dernière fois que je suis allée à la messe, c’est vous qui m’avez donné la communion.
– Ah oui…ça m’arrive.
Je souris.
– Oui, vous souriiez, c’est sympathique.
– … En même temps… ce ne doit pas être triste !
– Ah non,vous avez raison, j’aime l’église joyeuse… oh! vous avez vu cette recette, c’est original !

Elle est passée au dernier numéro de “Prima” et à ses recettes de poissons.
Et moi, on terminait de me faire une tête un peu coiffée.

 

On s’est dit au revoir, à bientôt peut-être.

 

Au soir, je me remémore cet échange, très court, entre les magazines, le sèche- cheveux et l’église.
Et je repense au fil de ma journée, loin des réseaux et de l’actualité catho.

La p’tite dame au salon de coiffure et un peu de l’église qu’elle aime joyeuse.
Le rangement d’un bureau qui débordait vraiment.
Les parfums de cuisine pour partager un repas entre collègues demain.
Le soleil  timide pour un nettoyage de jardin avec le p’tit mari enfin… plutôt à le regarder en bouquinant un peu.
Une jolie lecture. Très. Je reviendrai la raconter.
Les préparatifs des 24 heures en abbaye ce week-end.
Les essais de bricolages pour l’éveil à la foi des tout-petits.
Les bonnes nouvelles des enfants.
La vie, doucement.

Pas un mot sur les scandales.
Du vrai repos.

 

Au début du soir, je reprends mes Lectures du jour.
Sa Parole au creux de moi, restée là. Pas vraiment de mots retenus aujourd’hui, ni de phrases. Absent ?
Non, une pensée pour Jérusalem. Quand même.
Fermer les yeux.
S’y revoir encore.
Pas vraiment de mots retenus aujourd’hui, pas une parole mais Sa parole tout le temps, comme une présence.

Je me souviens d’une grand-mère qui me disait souvent que lire les Évangiles c’était comme parler à un ami.
Il doit y avoir de ça dans mes Lectures.
Comme un lien d’amitié avec ses clins Dieu. 😉

 

Que ce chemin de Carême, par nos Lectures, nos prières, nos gestes nous ramène à l’essentiel dans nos vies, qu’il puisse être aussi un chemin avec Dieu, tout près, comme un ami.  🙂

 

 

 

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Réveil

“Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit.”
Mat 1, 24

Il arrive qu’on me demande mes mots préférés de Jésus, la Parole de Dieu qui me parle le plus.
Souvent, je me rends compte qu’on en oublie les gestes.
Et même si j’aime les mots, tellement, ce sont les gestes de Jésus qui me touchent le plus. Il y a bien sûr ses mains posées sur les plus fragiles, celles qui partagent le pain, celle qui écrit dans le sable.

Mais il y a aussi, peut-être même en premier, ce mouvement de Joseph.
Ce sursaut, ce réveil.
Son « fiat » qui se révèle dans la décision de prendre chez lui, et en dépit de tout, Marie. La volonté de Joseph saisie par Dieu.

 

Tu sais Jo, souvent j’ai demandé dans mes petites prières de rien du tout de te ressembler un peu. Un tout petit peu. 🙂
De me réveiller et de faire selon Sa parole. D’avoir confiance. Pleinement.
Mais c’est un truc plus que balèze.
Pourtant je crois que c’est bien là qu’est la clé.

Je lis un peu partout que mon Église part à vau-l’eau avec tous ses scandales, que la confiance est perdue ou du moins qu’elle mettra des années à revenir. Peut-être. Et j’en parle souvent ici pendant ce Carême parce que cela me touche profondément.

Ce que j’entends aujourd’hui autour de moi, c’est qu’au-delà des scandales, la parole se libère aussi sur ce qui, dans l’église, a touché des pratiquants ou non, à un moment de leur vie. Des souvenirs heureux de partages, de gestes qui aident, de paroles qui réconfortent et juste à côté, d’autres souvenirs, rudes ceux-là, de paroles absentes, de regards fuyants, de mépris. Et ces souvenirs-là, parce que liés à une église qu’ils croyaient aimante, font mal et souvent blessent à jamais.

Alors oui, il y a des gestes pour aimer, il y a des gestes à continuer, il y a des gestes à oser davantage.

Le bras qui soutient l’ami fatigué parce que ce maudit cancer le bouffe un peu plus chaque jour.
La main qui sert un café chaud parce que le printemps c’est dans trois jours mais que ça ne change absolument rien dans les rues.
Les doigts qui pointent vers du joli à regarder parce que t’as intérêt à lever la tête de ton nombril pour aimer un peu, un peu mieux.

Il y a des gestes à continuer.

Dans nos vies de croyants. Parce que c’est là que Dieu nous attend.
Et l’élève à encourager, et le collègue à écouter, et celui qui me casse les pieds à comprendre aussi, et les parents des communiants à accueillir même surtout s’ils ne mettent pas les pieds à l’église, et nos enfants à accompagner toujours, et nos couples à préserver d’un monde qui file souvent à l’envers et.
Et la liste ne s’arrête jamais parce qu’aimer comme Lui, c’est une volonté de chaque instant.

Comme ce mouvement de Joseph.
Ce sursaut, ce réveil.

On aura beau chercher des solutions, inscrire des changements, faire tous les discours de la terre – même si tout cela me semble nécessaire aujourd’hui et sera bénéfique j’en suis intimement convaincue – notre Église ici-bas, elle est d’abord faite de nos gestes d’amour, de nos gestes de fraternité, de nos gestes vers l’autre.

Jour 12. Que ce Carême nous rappelle que notre chemin de conversion c’est d’abord se mettre à l’écoute de ce qu’Il nous dit.
Se réveiller, peut-être simplement pour mieux L’entendre.
Se réveiller, peut-être pour oser aimer comme Lui, vraiment.

                                               Songe de Joseph, Arcabas

 

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L’autre chemin

“Pardonnez et vous serez pardonnés.”
Luc 6, 37

 

Jésus se penche

Le dos courbé d’amour

Sur la poussière de nos pas, il dessine l’autre chemin.

 

 

Ce Carême ressemble à une randonnée. Le premier quart du chemin est fait, il y a la joie d’avancer, la joie de regarder par-dessus l’épaule ce bout de chemin déjà parcouru et de se dire c’est bien parti, continuons. Prier, être avec Lui et au milieu des autres, avec les autres surtout.
Mais déjà, les premiers signes montrent que la route sera longue, peut-être trop longue.
Et les premiers doutes.
Suis-je capable de ce chemin  ? 

Parce que le pardon est si difficile.
À oser.
À demander.
À donner.
À attendre.
À recevoir même parfois.

 

Que ce Carême nous donne l’audace de suivre cet autre chemin, chemin d’amour et de miséricorde, qu’Il dessine pour nos vies. 🙂

 

 

 

 

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Heureux…!

Heureux ceux qui marchent
suivant la loi du Seigneur !
Psaume 118,1

Et il y a ces jours où l’on part sur la route un verset au cœur et où l’on revient avec un autre… 😉

Entre les deux, un moment un peu hors du temps, un peu cocon comme “sur la montagne”, là où l’on aimerait bien rester plus longtemps même si l’idée d’y planter une tente me fait toujours sourire.
Entre les deux, les retrouvailles avec tous les amis hospitaliers, la rencontre de l’équipe qui pendant une petite semaine sera la mienne auprès des malades, des vieilles personnes ou des plus fragiles, les nouvelles responsabilités à apprivoiser.
Entre les deux, les sourires de plusieurs générations de prêtres qui ont accompagné plusieurs moments importants de ma vie: Marcel, Roger, Vianney ou Stéphane, les souvenirs de Clins Dieu, les promesses de nouveaux partages.
Entre les deux, les nouvelles des pèlerins, ceux avec qui, les uns et les autres, on garde des liens tout au long de l’année. Et toutes nos petites prières blotties au creux de nos vies un instant partagées.

Et puis il y a ce p’tit truc qui ne me quitte pas.

La certitude que mon cœur grossit à chaque fois que je m’approche du mot service d’une manière ou d’une autre, la certitude d’aimer mon Église – et diocésaine sans doute un peu plus- bien au-delà de ses scandales, la certitude qu’aimer souvent à la manière de Marthe n’oublie jamais mes p’tites prières et même, je crois, les remplit un peu plus d’essentiel.

Il arrive que notre pèlerinage à Lourdes se situe pendant le Carême. C’est le cas cette année,  une semaine avant la Semaine Sainte, nous y serons. Et ça risque bien de lui donner un goût encore plus particulier avec au cœur une immense joie : mon engagement au sein de l’Hospitalité.
Et pour reprendre les paroles du père Roger en me quittant ce soir: “le temps des fiançailles a assez duré, maintenant tu vas pouvoir épouser notre belle Hospitalité”.
Oh je parle un peu de moi, trop sans doute ce soir,  mais le cœur est vraiment rempli de joie à cette idée, joie à venir raconter je pense. 😉

Alors que ce Carême ne soit pas seulement celui empreint du rude des temps de notre Église, qu’il soit aussi le chemin de nos joies, petites ou grandes, à partager.
Bon deuxième dimanche !

 

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Laisse ta colère…

Laisse ta colère, calme ta fièvre, ne t’indigne pas : il n’en viendrait que du mal;
les méchants seront déracinés, mais qui espère le Seigneur possédera la terre.
Psaume 36, versets 8 et 9

C’est Marine qui m’a donné l’idée. En ce début de Carême, comme un calendrier pour filer ses 40 jours. Et son idée était belle : écrire les 40 versets du Psaume 36 pour en relire un chaque jour.


Alors depuis 9 jours, il y a le café, la Bible, l’évangile du jour comme un phare et… le psaume 36.
Ça fait beaucoup me direz-vous. Peut-être, mais il y a dans mon Carême cette année une envie plus vive encore de retrouver la Source dans une Église qui se perd et se cherche.
Ça fait beaucoup me direz-vous et je vous avoue que ce matin, je n’ai rien trouvé à écrire ici. Peu de temps à nouveau et c’était peut-être trop.

La journée a filé, dense comme un vendredi, et je n’ai plus pensé à ici. Tant pis.

Et puis, ce soir, il y a eu le caté avec mes 5è parce que ce vendredi, je les retrouvais en fin d’après-midi. Avec deux invités supplémentaires au groupe parce que c’est Carême, vous vous souvenez ?  😉

Ils étaient énervés, il y avait un peu de colère, je ne savais pas pourquoi.
Je n’aime pas vraiment les “récupérer” dans cet état mais ça arrive, parfois.
J’ai pris le temps de les écouter avant de commencer sans trouver de vraies réponses à leur plainte qui ne concernait pas le caté.
J’ai senti que la séance que j’avais préparée ne tiendrait pas la route, qu’ils n’étaient pas prêts à parler Pardon aujourd’hui alors, comme je sais le faire avec l’habitude – ça a du bon de vieillir parfois -, j’ai changé le déroulement sans leur dire. On a partagé notre goûter, parlé Carême mais le calme était absent, difficile de capter leur attention prise dans des filets compliqués. Comme disparue dans les tracas de leurs 12 ans.

Je ne sais trop comment j’ai eu l’idée mais je leur ai parlé de mon calendrier de Carême, enfin le “calendrier de Marine” et je leur ai proposé comme activité du jour. J’ai toujours sous la main ma boîte à bricoler, il n’était donc pas difficile de trouver des couleurs, des papiers, des petits pots. Ma musique aussi, des vieux airs rapportés d’Israël, et mes photos du désert.

Le calme est revenu.

À chaque verset écrit, ils m’ont demandé une explication, l’un puis l’autre. Je leur ai parlé des Psaumes.
Puis, plus rien.
Leur écriture est devenue prière, appliquée, presque silencieuse.

Je les ai trouvé beaux et j’ai murmuré un petit merci.

Au moment de se quitter, en rangeant leurs versets dans leur pot, M. a dit:
“Dites-donc, le verset 8 d’hier, c’était vraiment ça, notre colère jusqu’à aujourd’hui même…mais là maintenant, on dirait bien qu’on arrive au verset 9.”
Il y a eu un “oh oui général”, et même un “c’est presque magique Madame!”

J’ai souri parce que la sonnerie a retenti, qu’ils étaient déjà en week-end et qu’ils souriaient aussi, enfin.
Ils sont sortis dans le brouhaha de leurs rires, leur petit pot à la main et un bon week-end madame en guise d’au-revoir !
Comme si leur colère n’avait jamais existé. Disparue.
La joie était là.

Ma promesse de Carême: un jour, je leur dirai que nulle magie dans tout ça mais la Parole de Dieu…comme un phare.  😉

 

 

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L’exigence

“Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie moi de mon offense.”
Psaume 50, 4

C’est étrange de lire ce verset au tôt du matin.
J’ai très peu de temps. Vraiment très peu car ma journée part un peu loin aujourd’hui.
Il faudrait sans doute l’écrire mieux ou davantage mais je n’ai le temps que de l’écrire ainsi.

C’est étrange de lire ce verset au tôt de ce matin.
Il y a deux jours, j’ai lu un joli texte dans le journal La Croix, le témoignage d’une femme, très touchant, qui disait merci aux prêtres bienveillants croisés au long de sa vie, dans les joies et dans les épreuves aussi.
Lire ce texte au moment où l’Église catholique se retrouve face à de très graves scandales, cela pourrait paraître décalé. Pourtant, c’est un texte vrai qui m’a fait du bien parce que dans nos paroisses, dans nos maisons, dans nos vies de croyants, nous côtoyons des prêtres qui n’ont rien de scandaleux. Comme le dit l’article, cela n’enlève pas la gravité des fautes et des abus de quelques-uns. Mais cela remet à sa juste place tous ceux qui nous entourent depuis toujours, portés par l’Amour de Dieu, par une Bonne Nouvelle à annoncer, par la charité à déployer au quotidien.

Je crois que j’aurais aimé ajouter à la liste de cette femme bon nombre de  prêtres rencontrés depuis l’enfance jusqu’à aujourd’hui.
J’aurais surtout aimé ajouté les mots du père Denis, décédé il y a quelques années déjà, qui, lorsque j’étais petite fille, venait nous parler de Dieu à l’école après avoir couru des villages pour aider les uns et les autres. Il n’avait pas pignon sur rue ce curé de campagne mais il était de toutes les vies qui avaient besoin d’aide, de réconfort, de prières.

Je me souviens très bien lorsque le père Denis nous expliquait la messe, enfin, surtout ce que lui, il y faisait. Nous étions très jeunes et cela paraissait souvent mystérieux. Mais si le père Denis ne refusait pas les Mystères, il ne voulait surtout pas en faire ni sur son état, ni sur ce qu’il faisait et il nous expliquait tout, absolument tout, avec des mots simples.
Je crois qu’il refusait surtout de passer pour un “héros de l’autel” et comme il aimait à le rappeler: “je ne suis qu’un petit serviteur”.
Mais il ne manquait pas de nous redire que nul homme n’est parfait et que c’était la raison de sa petite prière, dite tout bas, juste avant de consacrer le pain et le vin.

“Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie moi de mon offense.”
Psaume 50, 4

Puis, il ajoutait encore autre chose (que Grand-mère reprenait souvent à son compte d’ailleurs ) et dont je me souviens plus vivement aujourd’hui.
“Que Dieu nous pardonne, oui…mais chenapans que nous sommes (il disait chenapans pour pécheurs et on comprenait très bien que c’était une affaire sérieuse), ce n’est surtout pas la bonne excuse pour faire n’importe quoi. Il ne s’agit pas d’aller faire nos bêtises tranquilles sous prétexte que le bon Dieu nous pardonnera, vous m’entendez ?”

Ça ne rendait pas les choses plus faciles, non. Et les bêtises, on continuait à en faire mais.
Mais savoir le Pardon possible de Dieu, peut-être bien que c’est ce qui pouvait nous rendre jour après jour un peu plus exigeant, le mot est difficile à trouver, mais oui, exigeant, un peu meilleur peut-être. Peut-être. C’est un peu difficile à expliquer oui, mais c’est exactement comme lorsque l’on tient beaucoup à quelqu’un et qu’on le sait là à nous regarder: on essaie de ne pas lui faire de peine. On n’y parvient pas toujours et on sait bien nous détourner de son regard mais sans doute qu’on essaie un peu, peut-être un peu plus.
Et on tenait à Dieu.
Pour le père Denis, c’était certain.
Un grand livre est resté ouvert des mois après sa mort au presbytère pour venir y écrire tous les mercis. Jamais, je n’en ai lu autant.

Et je mesure à chaque Pardon reçu mes tout petits pas mais aussi cette exigence. Oh… ne vous y trompez pas, elle n’est pas moralisatrice, non. Elle n’est pas miraculeuse non plus. Mais elle nous invite à nous regarder sans fards: cette exigence pour aimer, pour vouloir aimer en vérité, simplement. Selon sa volonté.

Dans ce Carême, continuons à avancer, à petits pas pour essayer d’aimer, en vérité. Elle a aussi besoin de tous nos petits pas notre Église.

 

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